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Vous trouverez dans cette rubrique des textes d'Otmane Mersali sur son processus de création.

:: Réflexion sur ma démarche artistique (1990)

:: Réflexion sur ma démarche artistique (1996) : à propos des collages en sous verres
:: Réflexion sur ma démarche artistique (2000)

 

Réflexion sur ma démarche artistique (1990)

L’art de dire

Dans une création artistique, faut-il favoriser le traité plutôt que le thème, ou inversement ?
Que de fois ce sujet nous a passionnés lors de débats improvisés dans des soirées entre artistes.
Le thème n’est-il pas qu’un prétexte ? Pourquoi alors ne pas choisir le sujet qui nous tient à cœur et en faire le prétexte, puisqu’en définitive on ne regarde le tableau d’abord que comme une œuvre d’art et non comme une photo traitant un sujet politique ou social.
L’œuvre, ici, n’a pas de valeur uniquement de témoignage, il y a également et surtout une préoccupation esthétique.
Donner à voir la réalité d’une autre manière en rendant visible l’invisible, n’est-ce pas
le rôle de l’artiste ?

Entre voir et savoir, entre regarder et observer, c’est là toute la différence qui existe entre
la réalité et l’œuvre d’art. L’œuvre ne se laisse pas seulement voir mais permet
des sensations.

L’artiste témoin de son temps : cette affirmation a été démontrée tout au long de l’histoire de l’humanité qui, il faut le souligner, n’a été sue que grâce en partie aux artistes à travers les siècles (voir les peintures rupestres).
Bien sur il n’est pas question ici d’écrire l’histoire, il y a des spécialistes pour ça. C’est seulement le témoignage d’un homme qui a des convictions et des croyances et qui les exprime avec la peinture comme l’aurait fait un écrivain, un poète, un cinéaste, un dramaturge… avec art.

L’ART de DIRE c’est aussi DIRE L’ART.

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Réflexion sur ma démarche artistique (1996)
A propos des collages en sous verres

Sanglante transition

Au départ, c’était une rage violente de dire ; de dénoncer ce qui se passe dans mon pays ; de vaincre cette impuissance, cette léthargie ; de prendre position – quitte à froisser certaines têtes bien pensantes ; que l’artiste doit être au dessus de la mêlée ; qu’il ne doit pas s’impliquer : son seul souci doit être la création.

Picasso s’est bien impliqué en peignant Guernica. C’est grâce à lui que j’ai pris connaissance du bombardement et du massacre de cette ville au nord de l’Espagne par les nazis.

Les thèmes étaient là, sous les traits et les sourires d’amis ou de ceux qui auraient pu l’être ; artistes ou intellectuels assassinés, sur l’image de cette Algérie meurtrie.

Pourquoi avoir choisi ce mode d’expression, qu’est le collage ?

Au départ, c’est tout simplement un manque de moyens et d’espaces. Je venais juste d’arriver en France, sans un sou, sans logement. Il fallait à tout prix trouver une astuce pour m’exprimer. L’idée m’est venu d’utiliser de vieilles revues et de vieux magazines en couleurs. Il suffisait de mettre côte à côte – une fois la mise en page trouvée – ces morceaux de feuilles colorées et déchirées à la dimension voulue et relier tout ça avec un graphisme à la gouache pour obtenir la composition désirée.

Il fallait rendre hommage à ces artistes et intellectuels algériens assassinés et dont le seul tort est d’avoir aimé la vie, la liberté ; rendre hommage sans toutefois tomber dans le lugubre et le funeste. Il fallait les présenter comme je les voyais dans leur vie : heureux de vivre avec cette bonté et ce bonheur qui se dégageaient d’eux.

Il fallait dire cette Algérie mutilée, égorgée, massacrée ; il fallait dire cette Algérie saignée à blanc par des rapaces, pillée officiellement par des charognards, soldée au nom de l’économie mondiale ; et dire l’Algérie de ces femmes, de ces hommes qui, debouts, résistent encore et encore à la barbarie.

Je ne peux pas le dire avec des mots. Je le dis avec les moyens dont je dispose : les papiers, les couleurs et les pinceaux : le collage. C’est en tout cas, une nouvelle expérience pour moi qui suis peintre de chevalet, autant pour le thème que pour la technique. J’ai l’espoir qu’avec le temps, beaucoup de temps peut être, l’Algérie deviendra laïque, démocratique et moderne et, comme je l’ai écrit sur l’une de mes œuvres :

« Pour voir le jour, il faut passer par la nuit et la nuit finira bien un jour. »

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Réflexion sur ma démarche artistique (2000)


Dans ma démarche actuelle, il n’y a ni explication philosophique, ni raison symbolique, ni non plus un message à faire passer.

Pourquoi je peins ?
Je peins tout simplement pour moi et mon bien-être, une manière à moi de voyager autrement, d’être ailleurs, d’échapper un instant au dur quotidien de la vie. C’est une manière un peu égoïste de voir les choses comme elles sont, sans chercher à trouver des raisons autres que celles d’essayer de produire de belles choses.

Lecture abstraite et figurative
Si problématique il y a, il faut la chercher dans le traité technique de l’œuvre et non dans la thématique. Puisque le sujet n’est qu’un prétexte pour faire une belle composition, autant choisir le thème qui nous convient. Et là, effectivement, dans ma quête du renouveau, de la remise en cause, j’essaie de faire cohabiter l’abstrait et le figuratif. Tentative qui, je le conçois, n’est pas aisée. Mais le résultat peut être inédit et intéressant, et l’on peut obtenir ainsi une double lecture de l’œuvre : l’une abstraite, et l’autre plus ou moins figurative.

Processus de création
Les thèmes choisis puisent leur âme dans les lumières et les couleurs des cités et des ruelles de notre espace.
A partir d’une image ou d’un croquis de paysage architectural, j’essaie d’aller vers une abstraction partielle, de façon à faire disparaître l’image de départ. Il ne reste alors qu’une composition de couleurs structurée, une œuvre plus ou moins abstraite. Je crée ensuite une contradiction – qui n’en est pas une – en introduisant des éléments ou des personnages plus ou moins figuratifs dans la composition.
Ce n’est pas une image claire et figurative que j’essaie de représenter dans mon travail, mais bel et bien une œuvre suggestive, débarrassée des détails et du superflu, qui laisse place à l’interprétation et à l’imagination du public.

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